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Emmanuel Macron inaugure un Salon de l'agriculture sans vaches

L'inauguration du salon en présence d'Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron déambule samedi d'un stand à l'autre du Salon de l'agriculture à Paris, parmi les moutons et les cochons en l'absence de bovins, après avoir rencontré la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs (JA) et même les contestataires de la Coordination rurale (CR), qui avaient pourtant d'abord refusé l'invitation.

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Avant de couper le ruban, le chef de l'Etat a dit vouloir rencontrer les syndicats « qui le souhaitent », appelant à l'unité face aux crises qui secouent le monde agricole.

La Confédération paysanne, qui a tout de même son stand au salon, a réitéré son boycott de toutes les rencontres présidentielles, dénonçant une « cogestion insupportable » entre le gouvernement et l'alliance FNSEA-JA, qui domine encore le syndicalisme agricole.

Mais la Coordination rurale, dont l'ascension ébranle l'hégémonie de la FNSEA, a ouvert la porte à une rencontre commune avec « tous les syndicats » même si elle refuse de « s'afficher » avec Macron sur un « salon de la souffrance » agricole.

L'Elysée a finalement annoncé en milieu de matinée une rencontre entre le président de la CR Bertrand Venteau et Emmanuel Macron, sans les autres syndicats et avec José Pérez, président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, fief historique du syndicat dans le Sud-Ouest particulièrement adepte des actions coup de poing.

« Il nous a promis une énième réunion à l'Élysée avec les autres syndicats et les filières. Mais, ça fait deux ans qu'on porte les mêmes choses, il a juste à les mettre en application », a déploré Bertrand Venteau à la sortie du rendez-vous.

Cette réunion a été confirmée par l'Elysée, où elle doit se tenir, mais sans date précise.

Manifestation de « bonnets jaunes »

Après le rendez-vous, José Pérez a lui pris la tête d'un groupe de « bonnets jaunes » avec des pancartes pour manifester dans le hall et demander un rendez-vous avec M. Macron et tous les syndicats « dès ce soir », « cette nuit s'il le faut ». « Les agriculteurs attendaient de ce salon des réponses. Là, il n'y a pas une vache. Il n'y a plus rien. C'est une honte (...) on nous tient éloignés », a-t-il déclamé devant ses adhérents, appelés à se mobiliser « massivement » par leur syndicat mais contraints de revoir leurs ambitions en baisse face au dispositif de sécurité autour du président Macron. Les visiteurs ont aussi été tenus à l'écart de la déambulation présidentielle..

Le chef de l'Etat a découvert à son arrivée le stand de l'éleveur martiniquais André Prosper, qui l'a invité à venir sur son île après avoir dû renoncer à amener sa vache brahmane Biguine, qui devait être l'égérie de l'édition 2026. Un hologramme permettra au public de découvrir cette race, reconnaissable à sa bosse et à ses longues oreilles, aux racines indiennes.

Après avoir coupé le ruban, Emmanuel Macron a rencontré les responsables de la FNSEA et des JA, qui avaient accepté l'invitation.

« Ce qui nous intéresse c'est l'année qui lui reste dans son mandat », a déclaré le président de la FNSEA à l'issue du rendez-vous, renonçant de facto à obtenir de lui la « vision » pour l'agriculture qu'il lui réclamait.

Les deux syndicats espèrent que le chef de l'Etat pèsera dans les négociations sur le budget de la politique agricole commune post-2027.

En amont de la présidentielle mais surtout des élections municipales de mars, les personnalités politiques se succéderont malgré tout jusqu'au dimanche 1er mars parmi les centaines de stands.

« Faire agriculteur » plus tard

Depuis dix ans, le nombre d'agriculteurs n'a cessé de baisser en France et les crises se sont accumulées.

Les tempêtes et les crues qui ont submergé de nombreuses cultures ces derniers jours ont assombri encore plus les esprits des agriculteurs, dont beaucoup n'ont pas la tête à la fête.

Dans l'après-midi, le président a écouté les doléances des éleveurs et soutenu les filières de la volaille, des oeufs et du porc dans leurs demandes de simplification pour la construction de nouveaux bâtiments afin d'assurer « la souveraineté alimentaire ».

« On peut pas mettre plus de temps à faire un poulailler qu'on a pris à rénover Notre-Dame », a déclaré Emmanuel Macron en écho aux demandes de la FNSEA qui veut, pour installer des élevages, une loi d'exception sur le modèle de celle qui a permis de reconstruire la cathédrale parisienne. Le président a annoncé vouloir travailler avec les préfets pour identifier les « projets prioritaires » pour simplifier ainsi leur développement.

Trois hivers de suite, les agriculteurs ont sorti les tracteurs des hangars pour aller manifester dans les villes ou bloquer des autoroutes. En 2024 pour demander du revenu, de la considération et un avenir; en 2025 pour demander la concrétisation des promesses, repoussées par l'instabilité gouvernementale.

En 2026, c'est la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest qui a fait déborder le vase, s'ajoutant aux inquiétudes sur l'accord de libre-échange UE-Mercosur, une balance commerciale agroalimentaire au bord du déficit et des aléas climatiques toujours plus intenses...

« On peut se féliciter d'être en train de gagner durablement le combat contre la dermatose », a déclaré Emmanuel Macron samedi matin. Aucun nouveau foyer n'est apparu depuis le 2 janvier et des restrictions ont été levées dans le Sud-Ouest vendredi.

Mais les vaches sont tout de même absentes du salon. Marius, 13 ans, venu de Charente avec ses parents, est « un peu déçu » de ne pas les voir, « mais c'est bien quand même ». Il voudrait « faire agriculteur » plus tard.

« D'habitude on vient pour voir les vaches, ça fait un peu bizarre. Mais c'est toujours un moment convivial. Et ça permet de rencontrer des gens du milieu », se réjouit Lisa Picarougne, 20 ans, étudiante dans une école d'ingénieurs agronomes, dont les parents sont éleveurs de bovins dans le Cantal.

 

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